samedi 28 mars 2009

Petits pas

Hier le papa de D est entré pour la première fois dans le vestiaire de l'école. Il m'a juste donné une feuille. Puis il est reparti en échangeant juste trois mots de politesse. D était à ses côtés. C'est super. Merci.

mercredi 25 mars 2009

Réconfort

Je ne savais pas si elle viendrait ou plutôt quand elle viendrait. Je l'ai appelée dans l'après midi sur son portable pour fixer un rendez-vous, ou plutôt une invitation. En vain, son portable sonnait sans cesse occupé. Je l'ai appelé à son travail. En vain, un répondeur musical me demandait de patienter et je n'avais pas de temps à consacrer à la patience. Bah, tant pis, je savais qu'elle viendrait. Après tout, le jour importait peu. La semaine dernière je lui ai entre deux portes annoncé que j'aimerais la rencontrer, elle m'a répondu par l'affirmative. Donc elle viendra un jour, je le sais.
Alors que tous les enfants sont partis, je papote comme à mon habitude, chaque fin de journée, avec les autres personnes de l'école. Moment de décompression, moment d'échange, moment de questionnement, moment juste d'existence d'une certaine vie dans l'établissement sans ses habitants privilégiés.
Je prends mon temps, je papote encore et encore. Je ris, j'écoute, je suis bien.
Je reviens enfin vers ma classe.
Elle est là. Debout, dans le vestiaire, juste derrière la porte d'entrée. Depuis quand est-elle là? Je ne sais pas. Personne ne l'a entendue arriver. Elle me sourit. Je lui offre mon sourire. Elle est gènée et bredouille un "C'est aujourd'hui que je devais venir? Je ne sais plus ce qu'on avait dit. Je ne veux pas vous déranger. " Et moi de lui répondre" Mais oui, venez, entrez. Je vous attendais, jene savais plus non plus ce que nous avions dit mais j'ai le temps, entrez. " Sa grande fille que je ne connais pas l'accompagne. Je l'accueille aussi, ne comprenant pas sa présence mais ma foi, pourquoi pas. Finalement, cette gande fille de 9ans a juste accompagné sa maman et repart attendre chez sa mamie, à la demande de la maman.
Je demande aux ATSEM si je peux occuper ma classe un instant car je pense que ma classe est plus adéquate que mon grand bureau de directrice (c'est comme ça que mes élèves l'appellent!). Elle est plus chaude et on est là pour parler de son fils, donc d'un élève, pas d'un souci administratif!.
Je l'invite à s'asseoir sur une misnucule chaise en bois, aux montants métalliques rouges. Je m'assieds en face d'elle, sur une même chaise. Entre nous deux, deux petites tables, sur lesquelles nous pouvons poser tous nos avants bras. Non, ce n'est pas inconfortable. J'ai déjà remarqué que les adultes que je reçois se sentent bien dans cette position. Peut-être réussissent-ils ainsi à voir l'école comme leurs enfants la voient.
En tous les cas, aujourd'hui, pour elle, c'est important de se sentir là. Je le ressens ainsi. Je la sens bien installée.

Je vous ai fait venir pour faire un petit bilan à propos des moments de soutien avec D. Il fait vraiment beaucoup de progrès. Il adore venir en soutien. Il aime venir à l'école. C'est super. Je vous sens cependant inquiète par rapport à ses progrès.
Il est en retard, n'est-ce pas? Je vois bien qu'il n'est pas aussi avancé que les autres.
C'est vrai, vous avez raison. Il n'est pas au même niveau dans ses aprentissages que certains de ses camarades. Moi, je ne suis cependant pas inquiète. Il apprend des tas de choses. Cette semaine, nous avons travaillé le nom des lettres et leur sonnerie, il les retient quasiment toutes. C'est génial.
Oh oui, je sais, je joue un peu avec lui avec les lettres. Il les connait bien.
Ce qu'il ne réussit pas encore à faire c'est entendre les sons dans les mots. (Et là, je lui donne des exemples qui la font rire mais je ne vais pas trop loin parce qu'elle s'inquiète beaucoup. C'est affolant et incompréhensible pour un adulte de pouvoir entendre que son propre enfant quand on lui demande de trouver un mot qui commence par le son SSSSSSSS, il réfléchit longuement et annonce fièrement : ssssssssssssssspomme de terre. Oui ça fait rire et j'ai ri avec D ce jour-là mais ça inquiète fortement la maman. Alors je tente de lui expliquer la longue maturité d'un cerveau d'enfant. Que la lecture, que l'écoute des sons, ça va venir mais que D n'est pas prêt et qu'un bourrage de crâne est inutile et serait néfaste. Il faut de la patience, beaucoup de patience. Je lui répète plusieurs fois que je ne suis pas inquiète du tout. Je suis au contraire très confiante et ça va venir. Il faut faire confiance à D. A force de parole, de mots, elle m'entend et m'offre sa confiance.
Si vous le dites, vous avez sans doute raison . Vous êtes sûre de vous. Je vous fais confiance.
Merci. D va réussir, il va vous étonner. Offrez lui du temps.
Je vais vous parler d'autres choses aussi. C'est aussi pour cela que je souhaitais vous rencontrer.
Oh mon dieu, je le savais. (Et de suite elle se met à retenir des larmes qui n'en peuvent plus d'être retenues. Je vais lui chercher une belle grosse boite de mouchoirs et lui offre de bon coeur. Ses larmes coulent coulent coulent. Son beau maquillage qu'elle tente de sauver à chaque passage de mouchoir aussi. J'attends. Je la laisse pleurer, elle en a besoin. )
Je ne suis pas là ni pour juger, ni pour enquêter, ni pour vous interroger. Je veux juste vous dire que je pense qu'il se passe quelque chose dans la vie de D, en dehors de l'école je pense. D a changé de comportement ces derniers temps.
Comment, quoi? Que se passe-t-il? comment est-il? Qu'est-ce que vous avez vu?
Rien de bien spécial. Mais D est inquiet. Il a besoin de câlins. Il me cherche souvent. Il est fatigué l'après midi.
Tout ça. Mais il n'a rien fait, il ne fait pas de bêtises?
Non. (Les larmes se sont arrêtées, restent cependant très proches). Je ne veux pas savoir ce qu'il se passe. Sachez seulement que si vous le souhaitez, vous pouvez en parler. ça pourrait m'aider à mieux aider D. Vous n'êtes pas obligée.
(Les larmes reviennent de plus belles)
Oh mon dieu. D , je pensais que lui au moins il ne vivait pas les choses. Oh mon dieu, non pas D. Ma fille sait les choses, mais pas D. On ne lui dit rien parce que je pensais qu'il s'en fichait, qu'il ne voyait rien. Il est petit. Et lui, je pensais qu'il continuait sa vie d'enfant. Et là , vous me dites que.....Oh mon dieu, non, pas D. Oh non. Il est touché aussi. Oh non, mais qu'est-ce qu'on va faire?
Oui D est petit mais il ressent les choses. Je pense qu'un enfant ressent les choses bien plus qu'un adulte. Ici, dans ce cas, il n' a pas de mots pour dire ce qu'il ressent mais c'est sa façon d'être qui nous informe qu'il sait qu'il se passe quelque chose. Mais il ne sait pas quoi. Il ne sait pas vraiment ce qu'il se passe.
Mon petit D. Oh non.
(Et là la maman me raconte ce qu'elle vit. Un moment de famille pas facile avec un mari malade qui vit actuellement une dépression. Elle se confie alors un peu. Elle pleure beaucoup. Avec mes outils, je l'écoute, je réponds, je reformule et j'utilise une belle formule que j'ai découverte sur un blog génial : "Et alors?" Eh ben, c'est une belle formule qui a fait son effet. Cette dame pense que son mari profite trop du système avec ses congés maladies à répétition. Et alors? J'ai bien aimé l'effet obtenu à plusieurs reprises. Merci Christian. )
Je pense qu'il faudrait parler à D. Il sait qu'il se passe quelque chose mais on ne lui offre pas de mots pour l'apaiser. Jeudi dernier il m'a dit que sa maman était triste parce qu'il faisait trop de bêtises en ce moment et qu'il n'était pas sage du tout à la maison.
Oh mon dieu, il a dit ça. Mais c'est pas vrai. Il ne fait pas de bêtises. Moi qui pensais que jsutement il était "normal". Il ne fait pas plus de bêtises que d'habitude. Il est même très sage. Oh mon dieu, pourquoi il dit ça. Mon pauvre petit. ( et les larmes de couler à nouveau très fort)
Il n'a pas de mots pour expliquer ce qu'il se passe. Il pense sans doute qu'il est fautif. Vous pouvez ssayer de lui parler, de lui offrir des mots.
Oh oui, je vais lui parler. Le pauvre.
Ce serait bien que vous parliez aussi à votre fille.
Oh mais elle, elle est plus grande, elle voit bien, elle comprend.
Je pense que ça pourrait ausi lui faire du bien. Et peut-être que ce serait bien si c'était vous et votre mari qui leur parliez. Vous pouvez organiser une petite réunion de famille. Vous pensez que votre mari poura le faire?
Oh oui, bien sûr. Quand il est à la maison, tout va bien. Il fera tout pour ses enfants.

Nous avons ainsi discuté une heure. Parsemé de larmes, de "Oh mon dieu" j'ai usé de mon écoute, de mes outils, de mon expérience aussi je pense. Je lui ai proposé de se faire aider elle-aussi, son mari est déjà aidé par quelqu'un.
Puis le temps est venu de la laisser prendre en main tout cela. Je lui ai proposé de revenir quand elle voulait, même avec son mari si il voulait venir voir D à l'école.
Merci beaucoup; ça m'a beaucoup aidé de vous parler, ça m'a fait du bien. Allez tiens j'ai envie de vous embrasser. Je peux?
Sans me laisser le temps de répondre mais ma position était déjà dans l'accueil elle m'a serré contre elle et m'a embrassée la joue gauche en me disant merci encore. Je l'ai raccompagnée.

Ce sont des moments importants pour moi parce que je me sens bien. Dans ces moments là, je me sens à ma place. J'ai aidé cette personne à ouvrir des portes tout en restant dans mon travail auprès des enfants. Je pense que D ira mieux et je pense que ses parents vont essayer de communiquer mieux, autrement. Je fais confiance à la maman. En plus, elle sait qu'elle va y arriver. Elle me l'a dit. On va yarriver, on va s'en sortir m'a-t-elle dit à plusieurs reprises.
Dans ces instants, j'oublie l'ingratitude de mon métier. Et je me sens à nouveau fière d'être là. Merci à cette maman de ce partage. Je lui dirai de vive voix, plus tard.

Le printemps est-il vraiment là?

Hier une petite poudrée blanche recouvrait les voitures. Eh oui, hiver lorrain tu es encore là.

Ce matin, 5h30, je ne réussis plus à dormir. Je décide de me lever. Mon chien a envie de sortir. Je plonge dans mon peignoir et je vais avec lui dehors. Tiens, si j'allais faire un tour dans mon jardin pour voir le jour poindre. En ouvrant ma porte d'entrée, je trouve la nature bien claire, il n'est pourtant pas encore l'heure du lever du jour. J'ouvre en grand et j'aperçois ma table de jardin toute blanche, l'herbe toute blanche. Oh lalalala il a neigé. Tout est blanc ! Bouh, ça me refroidit d'un coup, je laisse Mon chien sortir seul et je retourne préparer mon déjeuner et me plonge dans la suite de mon roman dont je voudrais vraiment connaitre le dénouement final ! Mon chien revient quelques instants après, trempé !
Depuis il neige, neige neige. C'est une vraie tempête. A 7h00, je vais réveiller ma fille avec plaisir comme presque chaque mercredi. J'ouvre ses volets en lui disant : "regarde !". "Oh lalala, génial ! Le bus passera peut-être pas!" me répond-elle en parlant du bus scolaire bien sûr !

Le bus est passé !
Bonne journée.

dimanche 8 mars 2009

Prescription

Je trouve que c'est un mot très dur par sa sonorité. Il sonne dur avec ses R, il m'agresse.
En quelques mots, la prescription c'est :
"Au bout d'un certain temps, quand la société n'a pas dénoncé pénalement un fait, eh bien la loi française pense que la société a droit à un apaisement. "
Voilà l'explication que l'on m'a donné.

OK. Alors laissons la société s'apaiser et terminer sa vie, assis dans un canapé tranquillement, à ne se soucier de rien d'autre que de l'apaisement de SA vie.