A midi, je discutais avec une amie du mot "famille". Avoir une famille, être famille. Dans sa famille, ils ne sont pas très famille. Et pourtant elle a une famille. Moi je lui répondis que chez moi, c'est presque pareil. Ma famille n'est pas famille mais j'ai l'impression que je n'ai pas de famille.
C'est quoi en fait la famille?
Alors ce soir j'ai décidé de chercher en moi, ce que
pour moi est une famille.
Une famille, c'est des racines. Une famille, ça permet de se construire. Une famille c'est une histoire à raconter et c'est aussi une Histoire avec un grand H. Une famille c'est le passé, c'est ce qu'il y a à la base.
Une famille c'est une Histoire. Un jour il y a une arrière grand mère qui a vécu des tas de choses. Je ne remonterai pas plus loin que l'arrière grand mère parce que plus loin ce n'est plus ma famille, c'est de
l'Histoire comme on apprend à l'école. Mon arrière grand mère paternelle s'appelait "
ptite mémée" et son mari "
ptit pépé". Je ne les ai jamais connus, je suis née après leur mort. Mon frère les a connus, du moins la
ptite mémée car il peut en parler.
Mes arrières grands parents maternels, inconnus pour moi, je crois même que je n'en ai jamais entendus parler.
Donc ma
ptite mémée et mon
ptit pépé, mis à part leur surnom, je ne connais absolument rien d'eux et je ne saurai jamais rien. Personne ne me racontera leur vie.
Je trouve leurs surnoms bien jolis et cela sonne très doux à mes oreilles. C'est tout ce que je sais d'eux : une musique bien agréable à la prononciation de leur surnom.
Mes grands parents paternels étaient LA
mémée et LE pépé. Quand on parlait d'eux, c'était toujours avec les articles LE et LA. Le pépé est mort quand j'étais encore toute petite et je n'en ai aucun souvenir. La
mémée par contre a vécu et ma
mémée a les mains les plus douces de la Terre. Quand j'allais chez elle, je me plaçais sur le fauteuil à côté d'elle et elle me prenait les pieds et me les caressaient avec ses mains usées par le temps. Quel plaisir. Quand j'écris ceci, je ressens encore ses caresses. Ses mains n'étaient pas chaudes mais juste un peu froides. Juste bien. Ma
mémée, elle m'offrait parfois une pièce de 5 francs et je les gardais dans ma tirelire en forme d'écureuil. C'était même des pièces de 5 francs en argent pour certaines. Je les ai retrouvées un jour. Ma
mémée elle habitait dans un village en bas d'une colline et le mini super marché, le RAVI qu'il s'appelait, était en haut de la colline. Alors avec elle, j'allais à la montagne (ma
mémée elle disait comme ça quand il fallait monter tout là-haut faire les courses). Elle prenait une vieille poussette de bébé dans laquelle elle mettait son cabas (c'est comme ça qu'elle l'appelait son gros sac noir en cuir et il y avait un de ces fourbis dedans! Le fourbis c'est un mot de ma
mémée et ça veut dire
bazar). Nous partions toutes les deux et je poussais la poussette. Nous marchions longtemps et nous montions à la montagne. Qu'est-ce que ça grimpait! Arrivées en haut, on allait faire les courses au RAVI. A la caisse, la caissière donnait des timbres de fidélités qu'il fallait coller sur des collecteurs roses et la fois suivante on pouvait payer une partie des courses avec ces collecteurs. Il y avait des collecteurs de 10 francs et des collecteurs de 1 francs. Je me souviens du goût que les timbres laissaient dans la bouche quand il fallait les humecter pour les coller. Ma
mémée gardait précieusement ces timbres dans son cabas. Puis on passait à la boulangerie du RAVI et elle m'achetait un petit pain au chocolat pour me récompenser de ma montée à la montagne. Encore aujourd'hui mon pêché mignon est le petit
pain au chocolat ! Ma
mémée mettait toutes ses courses dans la poussette et nous redescendions.
Au pied de la colline, nous passions chez la fruitière pour acheter de la crème fraîche et du comté (oui je suis franc
comtoise et un frigo sans comté ça n'existe pas chez nous!)
Ensuite nous repartions pour la maison de ma
mémée, et je poussais la poussette. Ma
mémée me disait toujours de bien rouler sur les trottoirs et de faire attention aux voitures qui pourtant n'étaient pas trop nombreuses dans son village.
Quand je dormais chez ma
mémée, elle me lavait dans son grand évier à un seul bac, carré. Elle faisait chauffer de l'eau sur son poêle à charbon en hiver ou sur sa
gazinière en été et elle versait cette eau dans l'évier. Moi je grimpais dans l'évier et ma
mémée me lavait avec un gant de toilette qu'elle
tricotait. Ah ça, ils n'étaient pas doux ses gants. ils étaient très rêches. C'était tricoté dans du coton fin pas doux du tout. Et ma
mémée, elle frottait fort : les oreilles, les genoux, les coudes, les fesses, le cou....Puis elle me rinçait avec de l'eau et ses mains toutes douces. ça c'était très agréable.
Elle n'avait pas
l'eau chaude au robinet tout comme elle n'avait pas le chauffage central. A la cuisine elle avait un poële à charbon et j'allais chercher un broc de galets de charbon à la cave. Et au salon, elle avait un poële à mazout.
Beurk, ça puait.
Au salon, elle avait trois horloges. Il y avait un coucou. Quand je venais dormir, elle l'arrêtait la nuit sinon il faisait coucou toutes les heures avec le petit oiseau qui sortait.
Elle avait une très belle horloge
comtoise qui ne marchait pas toujours parce qu'il fallait la remonter. Même il y avait deux clés. Une pour la sonnerie et une pour le l'heure. Elle sonnait très grave. Et j'aimais le bruit du balancier.
Il y avait une horloge murale, à balancier. Le balancier avait un bruit très grave, très profond. J'adore encore aujourd'hui entendre ce bruit.
Voilà pour ce soir. J'étais partie à définir le mot famille et j'arrive à écrire sur ma
mémée.
Je voulais juste placer ma réflexion que j'ai eue sous la douche tout à l'heure.
Je rêve d'avoir une famille mais une famille ça ne se construit pas puisque c'est des racines. Sans racine, je m'écroule.
Et puis ce soir, sous la douche, je me suis posée cette question : "Est-ce qu'on est dans le
vrai quand on a une famille et qu'on est famille? Ou est-ce qu'on est dans le vrai quand on est indépendant, qu'on n'a pas de famille et qu'on n'est donc pas famille?" Chez les animaux, il n'y pas de famille. Les animaux grandissent et font des clans chez certaines espèces. Mais le lien familial n'existe pas. Et l'homme est un animal à la base, non?