Je roulais tranquillement, comme à mon habitude. Je revenais d'avoir déposé ma fille chez son père.
Devant moi, une voiture. Elle roule avec hésitation, accélère freine sans raison, puis accélère puis
refreine...Nous arrivons dans un espace deux voies. Je me dis que je vais la doubler parce que c'est agaçant de rouler ainsi derrière cette voiture qui freine sans raison. C'est alors que la voiture se décale sur la voie de gauche sans raison, rien à doubler. Puis se remet sur la droite puis repart sur la gauche. Alors je me dis que le chauffeur doit avoir un problème avec sa voiture ou sans doute être ivre. Je prends mes distances et je ne double pas. Arrive la fin du passage à deux voies, on revient sur une route à une voie, à double sens. Des voitures arrivent derrière moi. Le chauffeur sans doute ivre se met à rouler à 40 km/h voir 30 puis 60 puis 40 et oscille sur sa voie puis part sur la gauche sans toutefois partir sur l'autre voie. Heureusement car il y a du monde en face. Les voitures derrière me suivent . Personne n'ose doubler déjà parce qu'il y a une belle ligne blanche mais en plus c'est trop incertain de savoir comment il va réagir. Même 2 motos nous suivent sans doubler. C'est trop dangereux. On arrive à un rond point. Que
va-t-il faire? Il prend la même route que moi donc je le suis. Derrière, certains suivent, certains prennent une autre direction.
En face, des appels de phares. Les
gendarmes doivent être par là. Je me dis que je dois peut-être les prévenir pour arrêter ce chauffeur qui n'est vraiment pas en état de conduire. Mais s'ils l'arrêtent, ils lui retireront son permis, c'est sûr. Et s'il en a besoin pour son travail, et si et si et si... J'hésite mais là, c'est trop dangereux. Ce chauffeur est dangereux pour lui et surtout pour les autres. J'imagine un piéton renversé, un enfant...
J'imagine qu'il va avoir un accident et
peut-être se tuer. Alors je m'arrête auprès des gendarmes qui faisaient un contrôle et je leur signale la voiture. Je continue ma route. Les gendarmes montent rapidement dans leur voiture et nous suivent. Voyant cela , le chauffeur se met à rouler à 30 km/h. Au village suivant, les
gendarmes tentent d'arrêter la voiture mais le
chauffeur refuse de s'arrêter. Les gendarmes le bloquent à coup de sirène et de tête à queue. En sortant de sa voiture le gendarme est presque renversé par le chauffeur qui ne réussissait pas à manoeuvrer pour se garer.
J'étais rouge comme une tomate. Je suais. Je n'étais pas bien. Je n'étais pas fière de moi. En moi, je me disais que j'avais bien fait mais une autre voix me disait que j'avais dénoncé quelqu'un. Et ça c'est dur pour moi. Je me suis raisonnée en me disant que cet homme était vraiment un danger. J'essayais de me persuader du bienfait de mon action et pour lui et pour les autres.
Bien évidemment j'ai rapproché ce ressenti de culpabilité à dénoncer quelqu'un en faute avec l'attitude de mon père. Jusqu'au retour chez moi, j'ai pensé à tout cela.
Ouh la la, quelle réflexion. J'ai eu beaucoup de mal à retrouver la température normale de mon corps. Tout était en ébullition. En rentrant, je me suis demandée si je devais raconter cette anecdote. Et bien fidèle à mes principes foireux, je n'ai rien dit, à personne. Par souci de ne pas recevoir de reproche sur une action que je considérais maintenant comme juste. Par souci qu'on ne me contredise pas. Par peur aussi que Marc m'accuse de délatrice. Pourtant je l'ai fait par respect de la personne. Pas contre.
Je pense vraiment que j'ai bien fait. Mais tout de même au fond de moi, c'est difficile à accepter. C'est la première fois que je dénonce quelque chose à une force de l'ordre, une dénonciation officielle. Je crois tout de même que je culpabilise. Il faut que je travaille encore sur cette notion, sur ce ressenti.
Il me semble que cette expérience est un bon point de départ sur mon objectif 2010.