mardi 24 février 2009

Rencontre

Ce matin, j'ai ouvert un magazine acheté il y a quelques temps déjà, à une page au hasard. Voilà ce que j'ai lu :

"ça donne envie .

Il y a quelques temps au téléphone, j'ai annoncé à mon père que je voulais me suicider. Evidemment il a hurlé, car il sait que lorsque j'aperçois une perspective d'avenir, je le cultive le plus longtemps possible. A l'instant où je lui expliquais mon projet, marchant de long en large dans mon salon pour revenir au bout de deux minutes m'asseoir à mon bureau le combiné coincé entre ma joue et l'épaule, j'ai enfin éprouvé l'impression que nous nous séparions, que nos destins cessaient d'être liés et que toute la fatalité familiale ne me concernait plus. M'émanciper,
inaugurer une nouvelle histoire même brève, m'a soudain paru prodigieux et excitant. Le volume sonore de notre conversation a augmenté d'un cran; comme mon père criait, je me suis mise à mon tour à élever la voix pour être entendue. Je lui ai donc dit et redit qu'il n'était pas responsable du destin de ses enfants, et par là du mien. Je m'énervais de plus en plus, car je voulais lui faire comprendre mon raisonnement. Je lui détaillais les réflexions qui m'avaient amenée à faire ce choix. J'étais convaincue qu'à la fin de mon explication lui aussi comprendrait que mourir était une solution sage et honorable. Je croyais même, tel que je le connais et le pratique depuis presque quarante ans, qu'il serait sensible à l'argument de la respectabilité. D'ailleurs, maintenant que je me penchais sur le sujet avec attention, j'étais frappée par la rigueur de ma décision. "


Ceci est un extrait de "Toute une affaire" de Sybille Grimbert.

J'ai lu, j'ai aimé.

Puis j'ai lu les mots d'Isabelle:
"Ma vie, je l'ai passée à ne pas me rencontrer. J'ai tenu des rôles et, croyant m'amuser, je me suis abusée. Aujourd'hui, je tente de retrouver la Page blanche, celle sur laquelle, sans rien écrire, je pourrai me dire. Isabelle"

Il y a des moments comme ceux-là où je ne crois pas trop au hasard.

La vie m'offre bien des fois ce dont j'ai besoin.

1 commentaire:

  1. Il nous appartient seulement d'être dans l'attention, de ne pas laisser tout cela passer sous notre nez sans rien remarquer.
    Belle illustration de ta part ! merci.

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